Enquête sur la sexualité précoce chez les adolescents de cocody-angré

La sexualité est partout, des écrans de cinéma aux panneaux publicitaires, des ondes radios aux messages de prévention du ministère de la Santé, le sexe fait désormais partie de la sphère publique. Cette exposition de la sexualité incite les jeunes à vouloir découvrir, parfois très tôt, le monde de la sexualité. Si parler de la sexualité demeure encore tabou, il n’en demeure pas moins qu’un bon nombre d’adolescents sont sexuellement actifs.
Afin de comprendre ce phénomène de plus en plus grandissant, j’ai aidé une amie du nom de Kouadio Amenan Christine , à effectuer une enquête de terrain pour l’obtention du diplôme de MASTER 1 en sociologie (option société — santé — vieillissement à l’Unversité Félix Houphouet Boigny). Le thème de ce mémoire dont je vous fais part des points essentiels était : Les déterminants sociaux de la sexualité précoce en milieu urbain : le cas des adolescents d’Angré.

Notre terrain d’enquête afin de comprendre le phénomène de la sexualité précoce

C’est la commune de Cocody-Angré qui nous a servi de terrain pour l’enquête, disons pour l’entretien individuel, avec des jeunes âgés de 14  à 20 ans au moment de l’enquête.
Au cours d’un mois d’enquête, ce sont 200 adolescents qui ont été interviewés. Les questionnaires portaient essentiellement sur :
  • les formes représentationnelles de la sexualité par les adolescents,
  •  les contextes sociaux dans lesquels ils ont eu leurs premiers rapports sexuels,
  •  les sources de connaissance de la sexualité
  • l’influence des  premiers rapports sexuels sur la vie sexuelle actuelle des adolescents.

L’âge du premier rapport sexuel :

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur l’âge du premier rapport des interviewés. Sur 200 personnes, nous avons 54,5 % qui ont déjà eu au moins un rapport sexuel contre 45,5 % de jeunes n’ayant pas encore eu de rapport au moment de l’enquête.
Sur le pourcentage de personnes ayant eu au moins un rapport sexuel, nous avons 46 filles, soit un taux de 23 %. Du côté des garçons, nous avons 63 garçons ayant eu au moins un rapport sexuel, ce qui représente 31,5 % du total.
 Les âges indiqués dans le tableau ci-dessous représentent l’âge du premier rapport sexuel et non l’âge actuel des interrogés.
        Statistiques sur la sexualité précoce des jeunes de Cocody-Angré
Statistiques sur la sexualité précoce des jeunes de Cocody-Angré
Du côté de ceux n’ayant pas eu de rapport sexuel au moment de l’enquête nous avons un pourcentage de 23 % chez les filles, soit 46 filles sur le total des 200 et 45 garçons, soit un taux de 22,5 % sur le total.
Statistiques sur la sexualité précoce des jeunes de Cocody-Angré
Pourcentage  sur la sexualité précoce des jeunes de Cocody-Angré
Personnes n'ayant pas encore eu de rapports sexuels
Personnes n’ayant pas encore eu de rapports sexuels
 Il est important de définir la notion de sexualité précoce dans notre cas, car la cible de cette étude portait sur des jeunes adolescents. Or la notion d’adolescent varie en fonction des pays. Dans notre cas, en Côte d’Ivoire, l’âge légal au mariage est de 18 ans pour les filles et de 21 ans pour les garçons. De ce fait, toute personne qui à un âge inférieur à cet âge n’est pas considérée comme suffisamment mûr et responsable. En nous basant donc sur la juridiction du pays en matière de mariage, nous dirons qu’est adolescent toute personne âgée de 14 à 17 ans.
La plupart des adolescents interrogés sont des élèves et étudiants. Ils sont accrocs aux réseaux sociaux. Ils vivent avec leurs parents et sont, pour la majorité, nés à Abidjan ou dans une ville de l’intérieure.

La sexualité ouvre l’esprit

Interrogés sur leurs perceptions de la sexualité, nous avons reçu diverses réponses dont celle de « ‘la sexualité ouvre l’esprit »’. En effet, pour la majorité, ne pas avoir de rapport sexuel quand on n’est en mesure de le faire, confine l’individu dans un mode de pensé qui ne permet pas l’épanouissement. Aussi, nous avons pu avoir une réponse du type « ‘Ne pas avoir des rapports sexuels peut rendre fou »’.
On constate qu’à travers ce type de réponse, les adolescents manquent énormément d’informations, ou disons qu’ils ont des informations erronées à propos de la sexualité.

Les causes

L’on a pu s’apercevoir à l’issu de cette enquête que les principales raisons qui poussent les adolescents à être sexuellement actifs sont : l’influence de la télévision, d’internet, le manque d’information sur le sujet et enfin un affaiblissement de l’autorité parentale sur les enfants.
Nous avons découvert que les adolescents d’Angré  (9  ans 17 ans) ne suivent pratiquement plus leurs chaines de télévision locale (RTI 1 & RTI 2). Ils sont plutôt captivés par les chaines de télévision Européenne telles que : E ! News, Dorcell, RTL9, XXL, Ciné rose, MTV etc. Les adolescents adeptes des émissions de ces chaines sont constamment exposés à des scènes de violences ou de pornographie dont ils semblent s’inspirer.
Concernant Internet, l’influence de ce média est encore plus fort. En effet, avec Internet, les adolescents ont accès gratuitement à la pornographie de toute sorte. En sachant que 350 plateformes de pornographie sont mises en ligne chaque jour, il y a de quoi s’inquiéter.
Vous avez pu constater un peu plus haut que les adolescents manquent énormément d’informations sur le sujet. Ils sont constamment exposés à une multitude d’informations sur la sexualité (TV, Internet) et ne savent pas chez qui s’informer. Ils ont des préjugés qu’ils conservent et partagent entre amis, car il est difficile pour eux d’en parler avec leurs parents, c’est un sujet encore tabou.
Les parents ont un rôle à jouer dans ce phénomène de sexualité précoce. En effet, comme on n’a pu le constater : »’ à Angré  la  plupart des  parents travaillent et certains vont en mission durant plusieurs mois d’où les rapports existants entre les parents et leurs enfants pourraient être qualifié de rapports socioéconomique car les parents étant tout temps parti au travail, laissent l’éducation de leurs enfants aux mains de leurs servantes ». Cet affaiblissement et cette perte de contrôle des parents fait place à la liberté pour les jeunes d’avoir des conduites sexuelles contraires à la morale traditionnelle.
Espérons que cette situation attire l’attention, non seulement des scientifiques quant à l’importance de l’enseignement de la sexualité à l’école ainsi  que la diffusion d’émission sur la sexualité précoce et ses inconvénients, mais aussi des acteurs politique, éducatif et quant à l’importance des sexologues dans la gestion de la santé sexuelle et reproductive des jeunes en Cote d’Ivoire. Entre temps à chacun de se faire une idée sur la situation générale qui, je pense, n’est pas loin des chiffres évoqués ci-dessus.